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Retrouvez des informations sur l'archipel Africain des îles du Cap Vert, ses habitants, sa flore, sa faune, ses traditions, nos activités et nos aventures, nos coups de coeur, notre passion... Bon voyage !

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Santo Antão du Cap Vert : Partis pour l'ouest ! Du Grogue à Lagedos

Bien remis de notre dernière escapade, après une bonne nuit dans la chambre confortable de Kasa Amarel, bercés par le bruit des vagues, nous voici prenant notre petit déjeuner dans le jardin tropical de Kasa Tambla.


De là haut, la vue à 180°, embrasse toute la baie de Ponta do Sol, avec à l'ouest, la silhouette bleue des dunes de Cruzinhas qui s'enfoncent dans la mer, à l'Est, l'océan à perte de vue.


Le soleil est juste au-dessus de l'horizon lorsque nous nous engouffrons dans le minibus de Manel.

Conforme à la gentillesse des gens de ce pays, il nous aide à nous installer confortablement. Le trajet jusqu'à Ribera da Cruz sera long.

 

Nous dépassons d'abord Ribeira Grande, puis Vila das Pombas et la vallée de Paul, puis Janela et son phare délabré, et enfin, à l'issue de la magnifique nouvelle route asphaltée qui sinue entre des strates volcaniques multicolores : Porto Novo.

 

Les rues sont déjà encombrées de véhicules, chargés des produits agricoles de Santo Antão.

Après une vente en gros réalisée avant l'entrée au port, ils seront transportées par le Ferry sur l'île de São Vicente, pour enfin être vendues dans les rues de Mindelo.

 

Nous traversons doucement la bourgade qui s'étire autour de sa rue principale.

 

A l'issue de la ville nous retrouvons la vieille route pavée, qui, bombée et affaissée par endroits, nous secoue. Traversée du désert : c'est bien cela…

 

Autour de nous les coulées de laves noires et déchiquetées, tranchant sur du sable gris qui envahit par endroits la route, défilent au long de cette longue ligne droite. Plus loin, passant aux couleurs ocres, les cônes de déjection des oueds laissent échapper des chèvres affolées qui tentent de trouver en ces espaces arides leur pitance.

 

Le canyon de Sul est franchi. Nous remontons le long de ce dernier en direction du Nord…Norte…

Lagedos, petit village oasis, semé le long de la voie, en équilibre sur les rebords du fossé encaissé à son arrière, nous offre l'ombre de ses quelques arbres tordus.


Ce premier Samedi du mois, c'est jour de marché. Une foule se presse autour de la petite place, arrangeant les étals ombragés. Nous y trouvons un peu de tout : Autant des légumes, divers produits agricoles, mais aussi des confitures, du Grogue, des liqueurs, des poupées de chiffon, des chapeaux de feuilles…Tout un artisanat est en plein essor.
Chiquinha, accompagnée de quelques musiciens entonne un chant traditionnel de bienvenue. Plus tard, elle nous fera déguster les jus de fruits et les liqueurs produits par sa petite coopérative.


La coutume du Cap Vert n'était pas au marché de village. Les échanges entre les populations, réduits à la stricte nécessité avaient relégués les étals marchands aux grandes villes, seuls lieux où le pouvoir d'achat des administratifs, des colons et de leurs employés justifiaient cette activité.


Autrefois, les échanges étaient troqués directement sur les zones de production. Ceux des zones humides échangeant les bananes, le grogue et les ignames avec les producteurs des zones sèches, pourvues de fromages de bois et de mais.
Le Cap Vert se transforme:
Depuis quelques temps, la classe moyenne, employés, commerçants, artisans, s'installent en ville, délaissant l'agriculture déjà bien pourvue en main d'œuvre pour offrir leurs services à une économie en plein essor…

 

Nous avons encore bien des choses à voir…

Chargés de nos emplettes, nous débarquons dans l'exploitation de Donha Eugénia.

  Cette dame d'un certain âge est un personnage haut en couleurs. Femme du Cap Vert, armée du franc parler qui les caractérisent, défenseur des valeurs traditionnelles, du savoir faire, elle mène son équipe au pas de charge…

Son "trapiche", un unité de transformation de la canne à sucre, est totalement "pur Jus"
La presse qui donne son nom de "trapiche" à ce lieu, avec son aspect "fait main" date de bien longtemps. Son "Cabeçon" indique seulement l'année où cette pièce de fonte a été coulée à Porto...1934

Ses trois cylindres verticaux et lisses son actionnés par la force animale.

Ses "Boï" (des taureaux) se partagent, de mauvaise grâce, la traction de cet ensemble. Tournant en rond à longueur d'heures, ils sont encouragés par la vue d'une baguette et par le chant traditionnel : le "Cola Boï".

Eugénia, traditionaliste prétend qu'un Grogue n'est parfait que si toutes les recommandations traditionelles sont respectées…Entre autres, la lithanie du Cola Boï...
"Tinho, canta cola Boï, canta!" insiste-t-elle. Et le pauvre Tinho, qui en a marre de tourner en rond depuis des heures, et qui ne sait plus quoi chanter, reprends en chantant " M'im k' sabe ouké canta', ma Donha, ma Dooonha !" ( je ne sais plus quoi chanter patronne, patrooone !) Et tout le monde de rire…


Les opérateurs enfoncent en forçant les cannes multicolores entre les rouleaux, souriants, devant tout un monde affolé de voir leurs doigts si près des puissantes mâchoires.
La canne crisse et geint en lâchant son jus verdâtre qui dégouline jusqu'au trou collecteur.
De temps en temps, passant avec prudence derrière les taureaux impassibles, un autre vient prélever la substance que nous goûtons dans de vieux gobelets émaillés.


Donha Eugénia est aux anges, fière, elle sourit en voyant nos mines étonnées. Mais ce n'est pas fini…

Disparaissant dans une des maisonnettes de pierres et couvertes de chaume, elle en revient avec ses gobelets, cette fois pleins de Grogue. (alcool de canne à sucre, Rhum)
En créole, elle nous invite à goûter son délice " 'sperimenta kel'la" :
Le parfum de la canne est ce qui nous saute immédiatement au nez, puis un peu de ce liquide en bouche qui chauffe un peu, arrivent les saveurs pures du jus de canne que nous venons de goûter...
Lorsque vous le goûterez :
Pas de parfum ? Ce n'est pas de la canne...
ça pique le nez , la bouche ou les yeux ? Crachez moi vite ce liquide dangereux !
Il vous reste un goût de moisi en bouche ? Achetez donc ailleurs !

C'est fort ! "Oui", explique-t-elle, "c'est du Grogue tout jeune. Gardez le une année, juste couvert, et il deviendra tout doux et bien bon, sans perdre ses saveurs…"


Bien obligés de continuer, nous quittons à regret cette ambiance… Bouteilles d'alcool dans les sacs...

 

Nous voici quelques années plus tard, 2013 : Je suis en train de terminer le grogue que je lui ai acheté. Il a vieilli dans des bidons de verre, non étanches. C'est une pure merveille. Le meilleur que je n'ai jamais goûté jusqu'alors...

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