Juchés sur la moto, nous remontons la Ribera Grande à vive allure. La montée vers la selada de Camelengues fait chauffer le moteur et le rayonnement de l’échappement me picote le genou droit. A notre passage les habitants nous saluent par de grands gestes pendant que leurs poules s’enfuient terrorisées.
Les décors sont somptueux, la montagne colorée est striée de lézardes. Ce sont les coulées des effondrements monstrueux qui ont marqué cette île et qui lui donnent désormais ce caractère si spectaculaire.
Parvenus sur l’autre face, voici l’embranchement de la piste de Cha d’Igreja.
La piste ondule dans un canyon qui se resserre de plus en plus. De petites exploitations agricoles exposent leur pauvre verdure…plus d’eau, presque plus de
cultures. Quelques rares vaches partagent avec les chèvres et des ânes un four
rage desséché.
Voici Cha D’igreja. La petite église fièrement dressée, les rues décorées de plantes fleuries donnent au village ce cachet si coquet, si accueillant.
Nous débarquons enfin à Cruzinha da Garça, écrasé de soleil, poussiéreux, des groupes d’enfants jouent à l’ombre des maisons. Nous traversons tout en douceur et, comme toujours, les habitants saluent avec joie. Ici aussi, je ne suis pas inconnu, passant de temps en temps par ici avec mes groupes de randonneurs.
Pas encore sorti du village, le décor change complètement. Fini les abords volcaniques et rocheux, un domaine de dunes immenses commence…
Nous sommes dans une zone particulière, où les plages, emportées peu à peu par l’alizé, se dépose en montagnes de sable. Elles produisent un phénomène très particulier qui révèle par place des racines fossilisées.
Les passages de sable se succèdent rendant difficile la progr
ession de la moto que nous abandonnons sur un rebord qui domine la grande plage.
Le sentier déglingué nous conduit au bord de l’eau. La mer a créé un plateau de sable à quelque distance du bord, et les vagues créent fort un courant latéral bien dangereux…
Après avoir abrité nos affaires du soleil sous les surplombs
des roches, nous déballons nos objets volants. Des jeunes gens, venus
passer ici l’après-midi sont très intrigués par ce matériel inconnu…
Le petit cerf volant témoin est lancé. Il monte tout droit vers le ciel et tout le monde s’exclame. Son câble, lesté d’une pierre, le gardera en place. Ça tripote le câble, faisant réagir le la guêpe qui tire la langue.
Dans un vent modéré, les triangles prennent leur envol les uns après les autres et commencent à décrire les trajectoires que nous leur impulsons.
L’aérologie du lieu est un peu particulière, les reliefs montagneux tout proches perturbent les filets d’air venus du large. Voir évoluer ces ailes colorées sur ces décors volcaniques est superbe. Nos jeunes amis, tournent autour de nous et commentent les arabesques. En définitive, ils piloteront l’un après l’autre le cerf volant le plus lourd, l’écrasant tant au décollage qu’en plein piqué. Certains, auront démontré un intérêt et une adresse très prometteuse.
En cet espace isolé, un nouveau lieu de vol est trouvé.
Lexique :
Cha d’Igreja :
Petit village perché sur le plateau ( Cha ) que coupe un profond canyon, en bas de la Ribeira da Garça
Cruzinha da Garça :
Petit village de pêcheurs, but d’une magnifique randonnée de 5 heures qui démarre à Ponta do Sol.
Santo Antão :
Une des 10 îles habitées de l’archipel du Cap Vert. Avec près de 800Km², elle est la 2è île de l’archipel par sa superficie. Elle est constituée d’une chaîne de montagne presque ininterrompue qui culmine entre 1200m et près de 2000m. Vue de sa proche sœur, São Vicente, elle donne l’image un mur gigantesque.
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